Voici le plus récent message qu’Encéphaline avait envoyé aux membres de la Jeunesse voyageuse.
«Le temps qui nous sépare est celui d’une dérive de quelques kilomètres sur les eaux du fleuve tranquille ou celui d’une feuille de bouleau qu’une bourrasque de vent fait virevolter dans le ciel.»
Du haut son l’île, Encéphaline sentit enfin intérieurement ce qui aurait dû vibrer et trembler depuis longtemps mais qui ne répondait plus à l’appel. Comme éteint.
Mais d’un moment à l’autre, sorti de nulle part, un sentiment d’apaisement se fit ressentir dans tout son corps et libéra la vitalité et la joie intérieure.
Le vent sur sa peau, dans ses cheveux. Le sable de la grève sous ses pieds, entre ses orteils, l’odeur saline et la bruine du fleuve sur son visage.
Dans ce moment méditatif, le temps autour d’Encéphaline s’arrêta. Des paroles lui traversèrent l’esprit : Les yeux de ton corps psychique s’ouvriront si les paupières de ton corps physique s’abaissent. Tout ce qui vivait encore à travers la mémoire collective du territoire lui apparut soudainement très clairement dans sa tête. Sa boussole intérieure lui rappela qu’il valait mieux aimer dans le présent, en considérant le passé ( – la maison de son enfance ou une précédente escapade dans le grand Nord-Nuit) comme source de cet amour. Comme un agent suscitant le désir de grands bouleversements.
Le lendemain, Encéphaline prit sa marche quotidienne en tentant du mieux possible de ralentir son rythme pour s’ajuster à la vitesse de déplacement de la petite marmotte qui faisait sa promenade nocturne à ses cotés. À ses pieds, une page de ce qui semblait être un rapport de recherche attira son attention. Puisque la pluie n’avait pas cessée depuis ce matin, Encéphaline peina à déchiffrer ce que le texte disait.

Une phrase retenu son attention : «L’abandon de la temporalité unique pourrait permettre un plus grand respect du non-humanoïde, mais de nous aussi, particulièrement si on y réfléchissait dans le cadre d’institutions.»
Encéphaline rêva cette nuit là que les humains redevenaient accordés aux rythmes des saisons. Que l’hiver, ce moment de ralentissement, était célébré et attendu impatiemment. Que le lien qui nous relie à notre territoire et aux différentes temporalités de celui-ci était retrouvé.