Il y a fort longtemps que les grands cataclysmes ont ravagés les grandes sociétés, emportant avec eux ceux qui avaient peur, ceux qui avaient oublié comment voir le monde. Les sages avaient prédit la fin d’un temps et le commencement d’un monde meilleur. Les humains ont finalement pu se débarrasser de leur obsession pour le monde matériel, un monde dont ils avaient largement abusé, oubliant la réalité invisible aux yeux du corps physique. Les historiens ont fait tout leur possible afin de garder des traces du passé. Beaucoup de documents ont été détruits, ravagés comme tout ce dont nous n’avions plus besoin pour le nouveau monde, mais nous avons gardé en mémoire les erreurs du passé. En revanche, la connexion a été rétablie, n’ayant jamais été aussi claire et rendant impossible la création d’une nouvelle ère destructrice.
L’âme du monde, ayant organisé ce bouleversement, n’avait certainement pas prévu l’extinction complète de la race humaine et a fait naître une génération de créateurs, près à refaire le monde. Avec la connexion, la communication est revenue, plus fluide que jamais. Tout le monde sait désormais, que le fond même de l’univers ressemble à une seule et même énergie dynamique, reliant ensemble mondes psychiques, matériel et tous les êtres qui les accompagnes.
Hier, la pluie est tombée sur toute la région, l’humidité a fait du bien à l’air et à la terre. Elle a nettoyé ce qui pesait trop lourd dans les cœurs, comme lorsqu’on pleure pour rééquilibrer les émotions. Comme ça, d’un coup de pluie, l’âme du monde a relevé les odeurs des paysages.
Chantant de sa plus belle voix quelque poèmes universels, un oiseau passe. J’ai appris, comme nous tous et depuis bien longtemps, à communiquer sans problème avec tous les mondes existants. Il n’y a plus aucune barrière entre ceux-ci. La présence de l’oiseau indique la venue d’une grande et heureuse nouvelle. Au même instant, me vient un besoin urgent de demander quelques réponses à ceux du monde d’en haut.
Bien que je ne sache pas vraiment les questions exactes, je ferme les yeux de mon corps physique, laissant ceux du corps psychique s’ouvrir. Je voyage. Je me retrouve aussitôt en compagnie d’un de mes alliés que je connais très bien, un bipède avec d’immenses bois de cerfs. Là où je vais, il est encore dangereux de voyager sans allié, je risquerais de me perdre dans un monde auquel je n’appartiens pas.
En face de moi, apparait un guide au visage plein de vieillesse et une énergie colorée comme je n’en ai jamais vu. Les yeux criants de lumière, il vient me dire que là-bas, il y a un endroit que mon âme n’a encore jamais vue et où je dois me rendre absolument.
Il est temps de reprendre conscience de mon corps physique et de me mettre en route. Cette fois-ci, je voyage dans le monde visible. Je n’ai pas besoin de réfléchir à quel chemin emprunter, c’est l’âme du monde qui me guide. En d’autres mots, je sais. La route est agréable, j’apprends à chaque seconde à comprendre le feu qui fait marcher le monde. Je rencontre êtres visibles et invisibles, guérisseurs et créateurs.
Arrivé à la lisière d’une forêt, j’entends une musique lointaine, semblable à une fête. Je sens la joie et une forme d’authenticité, que je n’arrive pas très bien à définir. Au rythme envoûtant de la musique mon corps, sensible, ne peut s’empêcher de danser. Je rencontre ces gens et comprend : ce sont des danses et des chants traditionnels. Ces personnes ont cette lumière dans l’âme, qui m’oblige à les suivre inlassablement.
Le temps n’ayant désormais aucune importance, je ne pourrais dire quand je suis arrivé, ni même depuis quand je danse. Ce qui est sûr, c’est que mes corps sont épuisés et le besoin de me reposer devient plus qu’important. Je repère un arbre, dont l’énergie éblouie presque mes yeux fatigués. Au creux de ses racines, je m’allonge. Quasiment au même instant, le creux s’agrandit et une mousse douillette pousse en dessous et tout autour de moi. Je me sens comme un enfant, englouti par la vitalité de l’arbre. Ce dernier, me réchauffant de la chaleur de son âme, a l’air de connaître mes besoins physiques. On dirait que dans ce coin du monde les êtres vivants sont protégés par une nature qui les connait plus que jamais.