LA SPIRALE DU TEMPS

Rapport de recherche numéro 2 pour le CATMAJO

Par Bontux Kencanna

Dans le rapport précédent, nous avons fait état rapidement de la division des journées et de l’organisation du temps des habitant·e·s de Rosa Candida. Sans nous éterniser, nous avions constaté une lenteur surprenante, presque malaisante, qui semblait être la norme pour toustes ici. L’exemple de la sortie au marché est assez représentatif de notre propos, mais nous avons aussi pu observer des conversations en somme assez simples durer ce qui nous paraissait être une éternité.

Contradictoirement, les fêtes régulières auxquelles nous avons assistées s’axent autour de chants et musique traditionnelles aux rythmes dansants et par conséquent assez rapides.[1]

Aussi, lorsque la température ne se fait que peu clémente, on voit les communautés bouger et faire leurs activités bien plus rapidement pour profiter des quelques dizaines de minutes de bruines qu’elles ont pendant la journée. Ainsi, nous pensons pouvoir affirmer que le climat influe énormément sur leur manière de concevoir le temps et la vitesse à laquelle vivre. Peut-être y a-t-il dans cette façon de fonctionner un fond à creuser pour penser nos fonctionnements. Inventer sans cesse des méthodes et technologies pour braver les intempéries n’est peut-être pas nécessaire lorsqu’on sait vivre avec celles-ci.

Mais le climat n’est pas tout. En ce qui concerne leur rapport au territoire et au monde non-humanoïde[2], la temporalité de leur fonctionnement semble encore une fois changer en fonction la tâche effectuée et le lien, étroit ou non, avec le non-humanoïde. Sans entrer dans les détails de la théorie biosophique qu’il nous a été possible d’étudier ici, il existerait une multitude de temporalités différente pour chaque élément formant l’environnement. Ainsi, lorsqu’on entrerait en interaction avec l’un de ces éléments, notre capacité d’adaptation nous permettrait de modifier notre rapport temporel avec celui-ci afin d’en tirer le plus de bénéfices mutuels. Encore une fois, une piste de réflexion intéressante se discerne devant nous. L’abandon de la temporalité unique pourrait permettre un plus grand respect du non-humanoïde, mais de nous aussi, particulièrement si on y réfléchissait dans le cadre d’institutions.

Cette façon de concevoir le monde qui les environne permet entre autres de fonctionner particulièrement bien dans leurs bâtiments, qui, l’on vient tout juste de le découvrir, semblent être compris comme une forme de plante, ou du moins d’une construction « vivante ».  

Vous comprendrez qu’il est très complexe de résumer une pensée si complexe que ce que nous appelons maintenant le « temporalisme fluide », mais je me suis permis de commencer mon vrai travail de technanthropoliticologue et faire quelques propositions de pistes de réflexion.

Dans un rapport subséquent, nous espérons pouvoir analyser lesdites institutions qui nous ont paru peu présentes ou moins visibles. Qui sait, peut-être leurs bâtiments gouvernementaux sont eux aussi « bureaucratiquement vivants »?


[1] L’eune de mes collègues a d’ailleurs déjà effectué un travail de compilation qui nous permet d’arriver à une moyenne de 134 BPM.

[2] Nous appelons « non-humanoïde » tout ce qui est extérieur aux espèces bipèdes à pouces préhenseurs et à forte capacité d’adaptation. Nous espérons ainsi inclure le vivant et le non-vivant qui font tout de même partie du même environnement d’existence que le nôtre.

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