Résumé pour celles et ceux qui veulent l’essentiel (pace que « aller à l’essentiel » n’est pas une de mes qualités … vous l’aurez remarqué !) Ici, il y a les idées, sans le récit :
- Cycle d’octembre qui revient ; qui instaure une temporalité.
- Octembre = long moment de pluie faisant tomber l’eau qui a ramassé la mémoire du territoire (du Saint-Laurent jusqu’au Lac Mistassini).
- Après Octembre, c’est la période de sédimentation durant laquelle les gens intègrent et comprennent ce qui leur est tombé dessus.
- Le cycle, allant des pluies d’Octembre jusqu’à la sédimentation, forme une spirale ascendante qui accumule petit-à-petit, les traditions, les connaissances, les sensations. Qui forme la mémoire collective.
- À chaque début d’Octembre, une couche de connaissances, de traditions, de sensations s’accumule. Cela façonne des êtres qui peuvent vivre en adéquation avec le territoire, qui cumule des strates des connaissances, charriées par la pluie.
- À l’Asile vivent des êtres humains, plus que centenaires, parce que la mémoire les a transformés ; leur a donné ce lot de connaissances et sensations qui leur permet d’avoir accès à plusieurs espace-temps, sans toutefois quitter le leur.
Le cycle d’Octembre à l’Asile
Octembre s’est ramené sur l’Asile, et avec lui est revenue la pluie. Son cycle redémarre en ce moment même, et c’est l’heure où une nouvelle couche commence à se déposer sur l’existence.
Une fois Octembre terminé, ce sera le temps de la sédimentation, qui durera… jusqu’à octembre prochain. Je ne le savais pas, mais je suis arrivé au grand lac Mistassini à la toute fin d’une période d’agrégation. La mort de mon frère correspond ainsi à un changement d’époque.
On m’a dit qu’Octembre est le moment où reviennent les vents du sud, ceux qui charrient les nuages gorgés de la vapeur des eaux du grand Saint-Laurent. Chaque fois que cette période débute, les gens de l’Asile comprennent l’importance de tout ce qui leur tombe littéralement dessus.
C’est d’abord Marie qui a essayé de me faire comprendre l’impossible : « les pluies d’Octembre sont porteuses de tout ce qu’elles ont amassé du territoire qu’elles parcourent jusqu’à l’arrivée ici. Déjà, à même le courant sourd et puissant du Saint-Laurent, sont retenus les mouvements fluides et insaisissable du monde sous-marin. Au moment où l’eau s’évapore, les traces du mystère fluvial demeurent, mais s’ajoutent la chaleur, les effluves et les sons qui courent dans l’air. C’est ainsi que les nuages, dont j’ai oublié le nom, préparent la longue pluie d’Octembre qui fait descendre sur l’Asile des sensations nouvelles menant à des connaissances inattendues : chaque gouttelette est mémoire d’une parcelle de territoire.
Dès les premières gouttes de pluie, j’ai bien compris que le temps qui ordonne les jours de l’Asile était au ralenti. En fait, comme le temps objectif n’existe pas, c’est plutôt chaque sphère de l’activité humaine qui connaît une baisse de tempo.
Dès le début du cycle, les gens ont passé le plus clair de leur temps à l’extérieur, sous la pluie. Au départ, je me suis demandé ce que j’avais sous les yeux… des gens qui marchent, qui dansent ou qui rankatabutent en chantant ou en soliloquant.
On a vite éclairé ma lanterne : « Tu sembles surpris Hans, mais Il faut bien un peu de lenteur pour laisser entrer tout ce qui est en train de nous tomber dessus. La quantité de données qui déferle sur chacun et chacune de nous en ce moment est lourde à porter. » Sans vraiment comprendre ce qui se passait, je commençais à sentir moi-même une sorte de fourmillements au contact de la pluie. Mes sens étaient éveillés comme jamais et de nombreuses images (comme celles qui m’avaient étrangement emporté au moment où je me suis trouvé près de la dépouille de mon frère) allaient et venaient dans mon esprit.
Octembre a duré. Je ne suis pas retourné à Montréal, encore moins au travail. Franchement, le monde d’ailleurs ne me tentait plus. Existait-il encore ? Pffff… C’est le genre de moment où l’on pouvait faire un doigt d’honneur sans se trouver vulgaire ou insignifiant.