Saule Pleureuse n’en finissait plus d’inonder le mois d’octembre de ses larmes. La puissance de la nature à Rosa Candida réside en la capacité de la flore à éprouver de la compassion. Les larmes de Saule ne font pas régner la tristesse, elles abreuvent les végétaux avoisinants pour qu’à leur tour, ils se connectent à leur émotivité. Les arbres éprouvent le malheur des autres avec eux, mais ressentent aussi la joie, le bonheur. Saule compatie avec ses voisins pommiers dans le verger. En ce début d’automne, les cœurs de pommes restés accrochés aux arbres sont épris d’une douce mélancolie de voir leurs ami.e.s Russets se transformer en recettes.

Les familles subliment les délicieux fruits en tartes et en croustades dont elles se délecteront par la suite. La gourmandise, par son caractère rassembleur, est la plus belle des qualités.
Les humains ont développé cette aptitude à transformer ce qui leur tombe sous la main en quelque chose de beau. Les émotions qui les habitent peuvent aussi être sublimées. Alors que le processus utilisé pour sublimer une pomme est son mariage au beurre et au sucre et son passage au four, c’est entre autres la méditation qui détient ce pouvoir pour agir sur les émotions.
L’art peut également aider les habitants à voir le beau. À Rosa Candida, tout le monde porte un poème en son cœur. La solitude est inconnue des habitants puisqu’une fois le poème appris, plus jamais ils ne sont seuls, c’est comme avoir un ami. Chacun est accompagné de mots, d’images, de figures de styles. Les habitants respirent en alexandrins, discutent en métaphores et font l’amour en prose. Tout doit être interprété, c’est ce qui rapproche les habitants de leur sensibilité, ce qui crée un sentiment d’humanité à Rosa Candida.