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Subjectivité et science

Bien le bonjour Uzeb! Que la pluie t’épanouisse!

Ta lettre marquée de curiosité me réjouit. Notre peuple a lui aussi rejeté l’angle d’analyse objectif et empiriste du monde et croit que ce qui importe le plus ne se trouve pas dans ce qui est observable et mesurable, mais plutôt dans le sens que chacun donne à ce qui l’entoure.

À Interra, les connaissances scientifiques servent principalement d’outil pour permettre l’exploration de sa propre subjectivité et de celle des autres, à travers l’Oniris et le Symbio. Pour ne pas reproduire les erreurs de nos prédécesseurs au niveau de l’utilisation des ressources environnementales, nous avons limité l’ampleur de nos technologies. Nous avons construit un système permettant à l’Oniris et au Symbio de subsister, mais avons fait le choix de ne conserver que les technologies permettant le fonctionnement de ces institutions ainsi que les technologies médicales. L’empirisme scientifique est donc réservé parcimonieusement à ces domaines de notre société, mais n’est pas appliqué ailleurs, étant remplacé par une appréciation personnelle et intime de l’existence.

Concernant la différence entre le monde onirique et le monde exo-onirique, les habitants sont libres de se connecter ou de se déconnecter de l’Oniris lorsqu’iels le souhaitent à travers la pensée. Iels peuvent aussi réduire ou augmenter à leur choix le niveau de filtre entre leur observation du monde et leur subjectivité. Cela leur permet de ne pas perdre totalement la connexion avec leur entourage, tout en expérimentant directement le sens qu’on trouve à la vie. De plus, pour faciliter la vie collective, chacun.e est informé.e mentalement lorsqu’une autre personne veut lui communiquer par télépathie. Les conflits verbaux et l’incompréhension d’autrui sont plus facilement évitable, car faire ressentir à l’autre ses sentiments et pouvoir ressentir les siens simplifie le processus d’empathie. Bien entendu, les habitants d’un même arbre ont l’habitude de prendre régulièrement du temps pour vivre en intersubjectivité et communiquer ensemble à travers le même filtre sensoriel.

Au contraire de ce qu’il pourrait en paraître, Interra est un peuple très festif. Ce peuple qui m’a chaleureusement accueilli organise régulièrement des événements dont l’ampleur varie de celle d’une habitation à celle d’une forêt. Tu dois sûrement avoir entendu parler de la Rankatabuti, cette danse collective où se joignent nos adelphes de la faune et de la flore. De tels événements sont souvent effectués en se connectant à une subjectivité commune. Par exemple, lors de la dernière fête à laquelle j’ai participé, nos perceptions visuelles, auditives et olfactives étaient connectées à l’imagination de l’un.e d’entre nous, de sorte que nous vivions toustes la même expérience imaginartistique. Comme au cinéma de nos Anciens, nous voyions et entendions ce que l’un.e d’entre nous projetait, en alternant tour à tour le rôle de projection. Nous avons même pu effectuer de la coprojection, où chacun d’entre nous a participé à créer une partie du tout formant l’expérience imaginartistique que nous partagions. Quel spectacle!

J’aimerais en entendre plus sur la philosophie de ta société. La transmission du savoir par des histoires m’a l’air intéressante. Tout comme tes cueillettes florales, d’ailleurs! Si tu pouvais m’en conseiller pour mes prochaines randonnées dans la Grande Forêt, je serais ravi.

– Sysiphum Beatum

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