Les Interriens n’ont pas limité leur Symbio à la transmission de l’influx nerveux chez les êtres humains. Il leur est également possible de communiquer par télépathie et transmission émotionnelle aux animaux et aux plantes. La communication avec ces dernières a complètement révolutionné le mode de vie de cette civilisation.
Durant le siècle précédant leur chute, les Anciens avaient déjà réalisé la capacité des végétaux de communiquer par l’émission de substances volatiles et de réagir à la musique à travers leur croissance. À l’aide du Symbio, les Interriens parviennent à percevoir les réactions chimiques des plantes qu’on pourrait qualifier d’« émotions lentes ». Cette empathie vis-à-vis des végétaux change leur rapport au monde et les pousse à vivre en commun avec eux et en les considérant comme des frères-sœurs légèrement éloignés.
Le Symbio permet aussi de transmettre aux plantes nos propres émotions et d’entretenir une relation réciproque avec iels. Au cours des décennies, la fraternité que les Interriens transmettaient aux végétaux les a fait évoluer et a accéléré l’activité émotionnelle des espèces végétales des environs. Celles-ci ont choisi d’habiter les habitants d’Interra en devenant leurs maisons, leurs abris et leurs compagnons de voyage. Après l’ère de l’enfermement lié à l’hiver nucléaire, les habitants n’avaient plus à se cacher dans des grottes ni des habitations d’argile. Leur écosystème s’était ouvert à eux comme ils s’étaient ouverts à lui. Ils trouvaient alors refuge à l’intérieur des arbres, qui étaient devenus capables d’ouvrir et de fermer leurs parois selon les émotions de ses compagnons humains. Les maisons, jadis vues comme des lieux impersonnels et détachés de leurs habitants, sont devenues considérées comme des membres de la famille à part entière. Lorsque l’on vit un deuil, iels sont là pour nous consoler. Lorsqu’iels vivent une perte d’un.e ami.e chèr.e, nous leur apportons notre soutien et pleurons avec eux, comme Saule Pleureuse m’a appris à le faire.
Lors de ma première semaine avec ce peuple, je pus observer une Rankatabuti, une danse pleine de joie où les habitants se joignent en cercle, coude croisés, et expriment leurs émotions en tournant et en dansant. Les plantes et les oiseaux se joignirent aux musiciens en accompagnant la mélodie de leurs instruments naturels. Chacun était le bienvenu dans cette ronde, initié ou non, la distinction sociale entre les êtres humains n’étant pas nécessaire lorsque l’on peut aisément comprendre les émotions des autres. Chacun pouvait rajouter ses propres couleurs et ses propres airs musicaux grâce à l’Oniris, ainsi que partager sa vision de la fête à ceux qui le désiraient.
– Sysiphum Beatum