LE TEMPS LIBÉRÉ

Grain de mil (texte inachevé)

Ma chère sœur,

On m’a refusé l’accès à l’île, les ponts se sont refermés devant moi. J’ai toutefois compris que je ne pouvais pas me rendre à l’île pour des raisons bien précises, mais celles-ci m’échappent encore un peu. Il semble que ce qu’il convenait d’appeler « mon passé » pèse dans la balance. Au moins, il y a le Fleuve, et la Ruelle à proximité.

J’entends la musique et les cris des fêtes des Jeunesses voyageuses. Iels dansent en cercle ; c’est la Rankatabuti. J’en reconnais certains airs ; nous avons déjà pris part à plusieurs d’entre eux ensemble, je sais que tu t’en souviendras.

***

Depuis un moment dont je peine à nommer la longueur, je suis adossée au Phare. J’y suis bien : la pluie ne me fait pas souffrir, le Phare m’abrite au gré des averses et me réchauffe lorsqu’il fait plus froid. La nuit, il semble s’arrondir et se modeler à mon corps endormi. Je songe à faire la lecture du manuel sur les bâtiments vivants pour mieux comprendre mais en même temps, j’aime bien me limiter à en faire l’expérience. D’autant plus que j’ai plutôt occupé mes dernières journées à observer bien tranquillement ce qui se trouve autour de moi. J’ai commencé à colliger des données au sujet des plantes afin de savoir avec quoi je pourrai me nourrir et me soigner : à date, j’ai du tri, j’ai du tricori, j’ai du zi, j’ai du zen-zi, j’ai du zen-zen et du zen-zo.

Je pourrais les dessiner, en faire un herbier, mais la chanson m’a semblée le meilleur moyen pour m’en souvenir.

je fredonnais l’air, c’était ta voix, c’était celle aussi de toutes ces autres humains qui la chant-ait-eront-ent. Cette chanson m’a rapproché de tout ce que j’ai vécu, mais aussi de tout ce que je vivrai ; et pas dans son sens littéral. C’est difficile à expliquer.

(À suivre)

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