UZEB À Cléo-Louis Gandhi III
Aujourd’hui, on m’apprit les vertus de la vie commune chez les habitants de cette terre étrange ou’ règne la pluie.
Assis autour de la grande table, dehors, sous cette pluie incessante, nous mangeons tous nos repas, ensemble. Chacun.e amène quelque chose de sa propre confection que tous.te.s partagent et dégustent tout à tour. Parfois, le mot « déguster » n’est pas le bon terme à utiliser pour parler de certains plats, mais l’idée de partager une part de soi avec les autres reste présente. Bien évidemment, les soupers durent des heures, et les gens ont le temps de discuter, ou bien de contempler ce qu’il se passe devant eux.
Souvent, avant chaque repas, j’assiste à une chose incroyable que je n’ai jamais vu auparavant : une danse commune, accompagnés de chants, remue les gens du village et chaque personne peut y contribuer à sa guise. Elle dure le temps qu’elle prend pour aboutir à une ouverture, signe qu’en elle, il n’existe pas de finitude. Même moi, qui observait à part, me sentais comme si je faisais part de cette danse, car ma simple présence était assez.
Un villageois, du nom de Gorknide, est venu discuter avec moi pendant que je mangeais. Il s’est éparpillé sur la grande table : dessins techniques des environs, panier de tiges tressés rempli de champignons crabes, et puis finalement, un petit cahier rempli d’écritures indéchiffrables. Ma curiosité n’en pouvant plus, je lui ai demandé de ce que contenait son livret. Celui-ci m’a parlé de comment, en contemplant la terre, il y a fort longtemps, on était arrivé à discerner le fait que le territoire était doté de puissants affects, comme chaque humain. Tout ce que mon monde qualifierait de « vivant », ressent et sculpte les émotions du territoire. Gorknide m’a parlé de Saule Pleureuse, chez qui les gens se recueillent pour partager leurs larmes, ou bien des bordures de la rivière Mistassibi, qui appelle les gens à la contemplation ou la réflexion. Ces entités, étant présents depuis longtemps avant les habitants du village, traduit la mémoire des terres aux humains. Gorknide s’est fait raconter l’histoire des lieux par le grand pin, et depuis ce temps-là, passe ses journées dans la forêt, et ne revient que pour manger. Personne a une job ici apparemment !
Comme dans tes lieux, chère amie, il me semble que la mémoire joue un rôle important ici.
C’est assez pour aujourd’hui. À bientôt.