- Réflexion et préparation pour rencontre 21 avril avec les autres Cégeps
Thème de la rencontre: l’Avenir
Questions proposés: Comment prédire l’avenir? et Que voulons-nous pour l’avenir?
Pistes de réflexions et de discussions pour la rencontre:
– Questionnement sur l’idée de « fin de l’histoire »
C’est une expression et une idée qui revenait souvent dans nos discussions et nos réflexions. Elle représente une certaine interprétation de l’époque contemporaine des sociétés occidentales. Même si l’idée de « fin de l’histoire » est moins lier directement au thème et aux questions, je crois qu’il peut être intéressant de l’aborder autant pour la clarifier, la remettre en question et l’utiliser comme point de départ pour une réflexion sur les possibilités et les potentiels de notre présent pour l’avenir!
Politiquement, avec l’avènement d’un État de droit démocratique de plus en plus universelle (systèmes de contre-pouvoir, État et institutions gouvernementale impartial/laïque, contrôle démocratique (indirect) sur le gouvernement, reconnaissance/respect/protection des droits et libertés de tous) et socialement/économiquement, avec la possibilité accrue de l’accès à la propriété pour la majorité, l’amélioration générale des conditions de vies ainsi que se que certains appellent l’intégration et l’institutionnalisation de la lutte des classes dans le capitalisme (avec le syndicalisme), certains pensent que l’histoire serait arriver à sa fin. Notre régime politique, économique et sociale serait la forme d’organisation la plus viable ou fonctionnel et la plus humainement souhaitable. Elle permettrait de concilier une relative égalité avec une relative liberté, l’ordre sans la dictature, la paix avec la justice. Ainsi, même si il y a encore des problèmes et des enjeux dans le monde, on pose que ceux-ci ne remettent pas fondamentalement en question nos institutions et notre système économique et que ces problèmes peuvent être adéquatement résoud par ceux-ci. Même si notre régime politique, économique et sociale a des failles, on considère que celle-ci peuvent se réformer et se transformer suffisamment pour les résoudre eux-mêmes (sans la nécessité d’une révolution ou d’une transformation radicale de la société). Bref, les problématiques fondamentales de la vie sociale humaine ainsi que de l’histoire sont résolus ou peuvent être résolus adéquatement dans le monde contemporain.
Que pensons-nous de cela? Est-ce que nos problématiques contemporaines comme la crise climatique, les enjeux « woke », la justice envers les peuples autochtones, les inégalités peuvent être résoud de manière adéquate et viable dans le cadre de notre organisation sociale, politique et économique actuel (la démocratie libérale et capitaliste).
– Prédiction et devenir. Réflexion sur Henri Bergson, la science et l’histoire. (à voir si j’ai le temps)
« Les questions sont généralement tendus vers un avenir (ou un passé). L’avenir des femmes, l’avenir de la révolution, l’avenir de la philosophie, etc. Mais pendant ce temps-là, pendant qu’on tourne en rond dans ces questions, il y a des devenirs qui opèrent en silence, qui sont presque imperceptibles. On pense trop en termes d’histoire, personnelle ou universelle. Les devenirs, c’est de la géographie, ce sont des orientations, des directions, des entrées et des sorties. »
Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues

Pendant qu’on proclame la fin de l’histoire, il semble pourtant que tout change. Peut-être que le fait qu’on dit de notre période qu’elle est la « fin de l’histoire » témoigne simplement de notre incapacité à comprendre les « orientations », les « directions » ou les évènements et dynamiques spécifiques à celle-ci. Notre interprétation de l’histoire et nos idées politiques, économiques ou sociales, qu’ils soit libérale ou marxiste, nous mène à voir dans la situation actuelle l’aboutissement définitif de quelque chose ou quelque chose d’indépassable.
Notre manière de lire ou d’interpréter l’histoire nous mène à proclamer la fin de l’histoire, mais est-ce réellement la fin de l’histoire, ou la fin d’une histoire, la fin d’une période, d’une dynamique. Peut-être que se n’est pas l’histoire qui est terminé, mais notre « histoire de l’histoire », notre interprétation des évènements, réalités et changements historiques qui s’est épuisée, qui n’arrive plus à rendre compte, à analyser ou à expliquer adéquatement le cours actuel des évènements, « les devenirs qui opèrent ».
Comment arriver à comprendre se qui est nouveau ou singulier à notre époque? Comment penser le devenir, la transformation spécifique de celle-ci?
Si nous avons le temps et que c’est pertinent, nous pourrions peut-être se pencher sur cette citation du philosophe français Henri Bergson. Sans être un connaisseur de sa pensée, je crois voir dans cette citation quelque chose de particulièrement pertinent pour nous aider à réfléchir sur se qu’implique la proposition selon quoi nous serions à la « fin de l’histoire ». Bergson nous propose une explication et la voie vers une solution de notre incapacité à voir l’originalité et la nouveauté d’un « moment » ou d’un évènement.
« Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir, pour une situation donnée, les événements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu : elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même ». En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. Comme la connaissance usuelle, la science ne retient des choses que l’aspect « répétition ». Si le tout est original, elle s’arrange pour l’analyser en éléments ou en aspects qui soient « à peu près » la reproduction du passé. Elle ne peut opérer que sur ce qui est censé se répéter, c’est-à-dire sur ce qui est soustrait, par hypothèse, à l’action de la durée. Ce qu’il y a d’irréductible et d’irréversible dans les moments successif d’une histoire lui échappe. Il faut, pour se représenter cette irréductibilité et cette irréversibilité, rompre avec des habitudes scientifiques qui répondent aux exigences fondamentales de la pensée, faire violence à l’esprit, remonter la pente naturelle de l’intelligence. Mais là est précisément le rôle de la philosophie.«
Henri Bergson, L’Évolution Créatrice (1907) (tirée de: https://www.20aubac.fr/corriges/33323-bergson-evolution-creatrice)
